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Monuments de guerre et cérémonie du jour du Souvenir

Recherche et rédaction : Deidré Rowe Brown

 

Les avocats de l’Ontario ont une tradition de service militaire qui remonte aux premiers jours de la colonisation.

Au début de la guerre de 1812, le service militaire était obligatoire pour les hommes adultes du Haut-Canada et pratiquement tous les membres de la profession juridique ont donc servi dans la milice.

Pendant la rébellion du Haut-Canada en 1837, la profession juridique a été fortement divisée entre ceux qui croyaient qu’il était temps de procéder à une réforme radicale et ceux qui préconisaient le maintien du statuquo.

En 1914, lorsque ce qui allait être connu sous le nom de Grande Guerre a éclaté, les avocats de la province ont immédiatement commencé à répondre à l’appel de leur nation.       
 
« À la fin de la Première Guerre mondiale, plus de 300 avocats et un nombre encore plus important d’étudiants avaient servi dans le Corps expéditionnaire canadien, les marines canadienne et britannique, le Royal Flying Corps et le Naval Air Service et dans les régiments de l’armée britannique ». [1]

Cent-treize avocats et étudiants en droit ont donné leur vie pendant la Première Guerre mondiale. En leur honneur, un mémorial a été inauguré dans la Grande Bibliothèque en 1928.

La proposition de créer un enregistrement durable de leurs contributions à l’effort de guerre a été soulevée pour la première fois lors d’une réunion du Conseil en 1916, mais la décision à ce sujet a été reportée. Le conseiller Frederick Weir Harcourt a de nouveau soulevé l’idée en 1922. Il a suggéré que le trésorier nomme un comité spécial chargé d’examiner le concept de mémorial de guerre et de faire rapport au Conseil. Bien que la motion ait été adoptée, aucun comité n’a été nommé avant 1924, date à laquelle Harcourt est devenu lui-même trésorier. À cette époque, le comité recommandait « qu’un mémorial soit érigé, soit des vitraux, soit un monument, le cout ne devant pas dépasser 15 000 $ » [2] Le Conseil approuva la recommandation et un avis du comité fut publié dans les journaux locaux.

En 1926, la sculptrice torontoise Frances Loring a visité la Grande Bibliothèque, dont les conseillers avaient décidé qu’elle serait le site du mémorial, et a soumis une lettre d’appel d’offres décrivant le projet qu’elle proposait. Mme Loring écrivit : « La figure à sculpter en marbre italien d’au moins sept pieds de haut, qui sera en ronde-bosse, isolée du panneau de marbre à l’arrière, se dressera sur une base en pierre de Bedford à peu près à la même hauteur que les lambris de la pièce » [3].

Le Conseil a autorisé le comité à conclure un contrat avec Mme Loring et à lui verser 10 000 dollars pour son travail. Le contrat a été signé en 1926, avec une date d’achèvement promise en 1928.

Lorsque le mémorial a été inauguré, il représentait une figure naturaliste drapée, faite de marbre blanc de Carrare. Derrière la figure étaient inscrits les noms des membres de la profession et des étudiants qui avaient perdu la vie.

 

first world war memorial

Malgré les efforts du Barreau pour dresser une liste complète et précise des noms, on a découvert peu après le dévoilement que l’un des membres de la liste, H.C. Draper, un avocat de Toronto, était en fait très vivant. Le Barreau a rapidement rectifié cette regrettable erreur ; le nom de M. Draper a été ciselé et remplacé par celui du capitaine Hal C. Fryer, dont le nom avait été omis. La seule preuve qui reste de cette erreur est que le nom du capitaine Fryer n’est pas dans l’ordre alphabétique. 
 
Dans les années qui ont suivi, le Barreau a été informé de l’existence d’autres membres dont le nom avait été omis du mémorial et ceux-ci ont été ajoutés eux aussi au bas de la tablette gravée. 
 
En 1939, avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les membres de la profession juridique se sont à nouveau précipités pour servir leur pays en s’engageant dans le service actif. Au total, près de mille avocats et étudiants en droit de l’Ontario ont fait leur service actif avant la fin de la guerre. Cinquante de ces soldats désintéressés ont payé le prix ultime. 
 
Bien que le nombre de décès parmi les membres de la profession ait été nettement moins élevé que pendant la Première Guerre mondiale, le sentiment de perte ressenti par la communauté juridique n’en a pas été moins aigu. 
 
En 1946, le Barreau a créé un Comité de commémoration de la guerre pour recommander des moyens d’honorer les membres qui avaient perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le comité, présidé par W.J. Beaton, a demandé au colonel Ferdinand Marani, un architecte de Toronto, d’étudier la question. Le colonel Marani a suggéré qu’un mémorial soit placé dans la rotonde inférieure d’Osgoode Hall et que Cleeve Horne, un portraitiste et sculpteur de premier plan, soit chargé de le créer. 
 
Craignant que le Barreau ne veuille qu’il adopte une approche traditionnelle personnifiant la tristesse et le chagrin de la guerre, Horne déclina la commande. Earl Smith, secrétaire du Barreau à l’époque, a convaincu Horne en lui suggérant d’utiliser les mots du poème « For Your To-Morrow We Gave Our To-Day » comme inspiration pour le mémorial. Inspiré par cette suggestion, Horne est revenu sur sa décision et a accepté la commande. 
 
Son concept final était celui d’une femme regardant vers le bébé qu’elle tient dans ses bras tendus. Selon Horne, la sculpture symbolisait l’espoir pour l’avenir rendu possible par le sacrifice de ceux qui étaient morts au combat. 
 
Lorsque la maquette préliminaire fut prête à être approuvée, le secrétaire Smith craignait que la statue d’une femme nue n’offense le trésorier, Gershom Mason, qui était un homme austère et sévère. Afin d’éviter le désastre, Smith emmena plusieurs petits groupes de conseillers voir la maquette. Il laissa délibérément la visite du trésorier Mason pour la fin, après que tous les autres conseillers l’aient approuvée. À la surprise et à la grande joie de Smith, le trésorier fut cependant très impressionné par la maquette et donna l’instruction de commencer la construction du mémorial dès que possible. 
 
Le 16 octobre 1951, le major John Foote, qui avait été décoré de la Croix de Victoria et était à l’époque le ministre provincial des institutions réformatrices, inaugura le mémorial de guerre.

 

second world war memorial

En octobre 1956, le juge Colin Gibson, un ancien combattant très décoré, a écrit au trésorier Cyril Carson pour lui faire remarquer que bien que le Barreau ait érigé des monuments à la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, aucun service officiel n’avait été organisé à leur mémoire. Il a proposé que le Barreau établisse une cérémonie annuelle à laquelle assisteraient les conseillers, les juges et les membres de la profession. Le Conseil a accepté et approuvé la création d’un petit comité, assisté par le trésorier et deux juges, pour planifier une cérémonie. 
 
Le premier service du jour du Souvenir à Osgoode Hall a eu lieu le vendredi 9 novembre 1956. C’était une cérémonie simple mais digne, un hommage approprié à ceux qui ont tant sacrifié pour assurer notre liberté. 
 
Dès les premiers jours de la colonisation, les membres de la communauté juridique de la province ont, en période de troubles, servi leur pays dans le cadre du service militaire. Ils l’ont fait de manière désintéressée et sans hésitation. Beaucoup ont payé de leur vie leur patriotisme. Nous ne pouvons qu’imaginer la contribution qu’ils auraient apportée à notre profession si leur vie n’avait pas été écourtée.
 
 
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[1] « November Tribute Planned for Military Veterans », Ontario Lawyers Gazette 2,3 (mai/juin 1998).
 
[2] Procès-verbal du Conseil, 1924, Archives du Barreau du Haut-Canada (exposition virtuelle).
 
[3] Rebecca Sisler, The Girls (Toronto : Clarke Irwin, 1972), 42; C. Boyanoski, Loring et Wyle : Sculptor’s Legacy (Toronto : Musée des beaux-arts de l’Ontario, 1987), 35.

 

 

 

 

 

 

Explication des termes et concepts